Remise archive

Rencontre entre Michel et Annette Swierczewski (cette dernière fille de Cypora et Waldemar Gutnic) et Viviane Delplanque (archiviste) et Michel Stulzaft pour MRJ-MOI. Au cours de cette rencontre Viviane  a expliqué l’importance pour MRJ-MOI d’avoir le maximum d’archives d’anciens résistants de la MOI, et aussi la différence entre don et dépôt (prêt), à l’issue de cette rencontre où ils nous ont présentés brièvement leurs documents , ils ont donné leur accord pour un dépôt dans un premier temps, laissant le temps à Viviane de faire un inventaire pièce par pièce.Cette remise officielle a faite  23 juin 2014.

archives

remise d’archive Juin 2014

… le projet

Notre Conseil d’administration a approuvé à l’unanimité ce projet muséal proposé par les prestataires que nous avons choisis, et qui a été présenté le 22 mars. MRJ-MOI se dote ainsi de l’outil qui, selon nous, répond à l’objectif que nous nous sommes fixés depuis notre création : écrire l’histoire des résistants juifs de la MOI, transmettre la mémoire de ce qui fut et qui reste aujourd’hui encore mal connu. Nous avons créé dans ce but une Commission Archives qui va s’adresser à vous tous pour continuer à garder trace de
tout ce qui est de nature à documenter cette Histoire. Nous avons présenté les grandes lignes de force du musée et également en avant première quelques images des repérages pour le film sur les résistants juifs communistes que nous réalisons en coproduction avec
Métis film.
Au moment où la France et de nombreux Etats, membres de l’UE, connaissent des appels à la haine, des mouvements xénophobes, antisémites et racistes, au moment où pour la première fois depuis l’Occupation, on entend hurler dans les rues de Paris « dehors les juifs », il nous semble nécessaire au regard de l’Histoire et des menaces aujourd’hui de faire
savoir comment des hommes et des femmes d’origine étrangère, issus pour la plupart de milieux populaires et dont beaucoup avaient déjà combattu le fascisme dans leur pays d’origine, ont choisi de s’engager contre le nazisme, pour la liberté. Leur souvenir nous incite à rester vigilants et à nous mobiliser face aux inquiétantes résurgences d’aujourd’hui.

statuts de l’association mrj-moi

Statuts de l’association Mémoire des Résistants Juifs de la M.O.I.
Préambule

La recrudescence d’actes et d’injures antisémites et racistes montre à quel point il est urgent de développer l’éducation populaire autour des valeurs fondatrices de la république et des leçons de l’histoire.

C’est un paradoxe d’assister, d’une part, à ces manifestations récurrentes de xénophobie et de haine et de mesurer, d’autre part, l’intérêt de la jeunesse pour les grands moments de fraternité humaine -comme l’a révélé dernièrement le 60ème anniversaire de l’Affiche rouge- et son sens de la justice et sa générosité.

Le devoir de mémoire ne s’impose pas qu’en considération des morts. C’est un devoir des vivants à l’égard des vivants. Il importe au plus haut point de combattre l’obscurantisme facteur d’intolérance. « Culture et savoir, écrivait Paul Nizan, diminuent en tout homme qui les possède la possibilité d’être dupe des mots, d’être crédule aux mensonges ».

«  Vi Gott in Frankraych » – « Heureux comme Dieu en France », dit un proverbe yiddish. Savoir comment et pourquoi des étrangers, de nombreux jeunes Juifs, entrèrent dans la lutte clandestine et la lutte armée contre l’occupant nazi ; qui ils étaient ; comment ils étaient arrivés et pourquoi ils avaient fuit leurs pays et choisi la France ; comment ils vivaient et travaillaient ; quels engagements étaient les leurs…ce n’est pas seulement donner un sens à leur sacrifice, c’est nous éclairer sur nous-mêmes.

S’il existe des musées de la Résistance où l’action des FTP-MOI est mis à jour, si le CDJC rassemblent sur leur action documents et études, si de nombreuses publications leur ont été dédiées, il n’existe aucun espace qui soit spécifiquement consacré au rôle de l’immigration dans la Résistance française et singulièrement de l’immigration juive d’Europe centrale.

Il nous paraît indispensable, à la fois au regard de l’histoire et des menaces d’aujourd’hui, d’ ouvrir à Paris un espace, un lieu de mémoire, un musée, qui donnerait à voir comment des immigrés s’approprièrent les valeurs de la République – Liberté, égalité et Fraternité – au moment où elles étaient foulées au pied par l’occupant et bien pire par leurs collaborateurs français.

Cet espace, nous l’imaginons au 14 rue de Paradis, un lieu occupé depuis 1944 par des organisations d’immigrés juifs constituées dans la clandestinité de la Résistance et qui prolongèrent, après la guerre, leur engagement républicain. Cet immeuble est le siège de l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide (UJRE) et de la Commission Centrale de l’Enfance (CCE). L’UJRE a été fondé en 1943 avec l’unification de plusieurs groupes juifs de résistance. Elle fut cofondatrice du Crif et ses militantes et militants prirent une part active à la libération de Paris, à celle de Lyon, de Toulouse, de Grenoble et de nombreuses autres villes, ainsi qu’aux luttes armées, politiques et humanitaires de 1940 à 1944.  L’UJRE  reprit après guerre et pendant plusieurs dizaines d’années l’édition le plus important quotidien yiddish d’Europe : Naïe Presse, fondée en 1934.  Son siège et son imprimerie étaient au « 14 » jusqu’à sa disparition. Elle compta parmi les plus grandes plumes du journalisme yiddish. Un autre journal, l’hebdomadaire La Presse Nouvelle magazine, continue d’être publié en français. L’UJRE a mené une vaste activité culturelle et sociale, en coopération très souvent avec des associations juives du monde entier et d’Israël, recevant de grands noms de la littérature, du théâtre juifs de divers pays de l’Est et de l’Ouest. A ses côtés se sont développé des groupes culturels comme la Chorale populaire qui existe toujours. Un dispensaire, « L’Aide médicale » situé au « 14 » lui était lié. Le 14 rue de Paradis hébergea également une troupe théâtrale – le Yidicher Kunst Teater (Y.KU.T), une bibliothèque, des revues littéraires en yiddish, l’Union des Déportés Juifs de France, des sociétés amicales des Juifs originaires de villes de Pologne, de Lituanie et Bessarabie…

Parmi les présidents de l’UJRE, on peut citer le professeur Vladimir Jankelevitch, philosophe de renom, Me André Blumel, longtemps collaborateur de Léon Blum ; Me Charles Lederman, sénateur et Résistant.  Nombre d’anciens des FTP-MOI ont pris et prennent encore part aux activités de cette association. Adam Rayski, seul survivant de la direction de la M.O.I était président d’honneur de l’UJRE.

La Commission Centrale de l’Enfance fut fondée pendant l’occupation pour sauver les enfants juifs de la déportation. Plusieurs des femmes qui s’y étaient engagées, périrent en déportation. Les survivantes poursuivirent, après la guerre, une œuvre entièrement dédiée à l’enfance : orphelinats pour les enfants des déportés disparus, centres aérés, colonies de vacances, éducation populaire et solidarité. Aujourd’hui, l’ACCE – Les Amis de la CCE – fondées par d’anciens pupilles et élargies à des militantes et des militants qu’intéressent la culture et les traditions du judaïsme laïque, perpétue le combat de ces femmes, fidèle aux valeurs de la République.

Statuts MRJ-MOI-2010_CBL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ARTICLE 1

 

Il est fondé entre les adhérents aux présents statuts une association régie par la loi du 1er juillet 1901 et le décret du 16 août 1901, ayant pour titre : « Mémoire des Résistants  Juifs de la M.O.I. »

 

 

ARTICLE 2

 

Cette association à pour but :

 

1)    La création au 14 rue de Paradis à Paris, d’un lieu de mémoire dédié aux Résistants juifs de la M.O.I. (Main-d’oeuvre immigrée) en France sous l’occupation nazie, entre 1940 et 1945, ainsi qu’aux activités, après la guerre, de l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide (UJRE) et la  Commission centrale de l’enfance (CCE), contre la racisme et l’antisémitisme, pour un judaïsme progressiste et les valeurs de la République française.

 

2)    Exposer  au public, en France, en Europe et dans le monde, des documents de toute nature se rapportant à l’Histoire de la Résistance juive de la MOI,

 

3)    Mettre à disposition des écoliers, collégiens, lycéens, étudiants, enseignants et chercheurs français et étrangers  des documents relatifs à l’Histoire de la Résistance juive pendant la Guerre,

 

4)    Organiser dans un but éducatif, pédagogique et culturel des manifestations de toute nature, ayant trait à la Résistance juive de la MOI.

 

 

 

ARTICLE 3

 

L’association à son siège social au 14 rue de Paradis 75010 Paris

 

ARTICLE 4

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Filature

Filature

MOI, FTP, UJJ
Main-d’oeuvre immigrée, Francs-tireurs et partisans, Union de la jeunesse juive

La MOI est une organisation créée par le syndicat CGTU (Confédération générale du travail unitaire) et le Parti communiste, dans les années 1920. Elle est structurée en groupes de langues, dont la section juive des yiddishophones (produisant un journal quotidien, la Naïe Presse). Interdite à l’automne de 1939, elle reprend la publication clandestine d’un journal en langue yiddish, Unzer Wort (Adam Rayski), doublée d’une activité politique : fabrication de papillons, distributions de tracts et d’organes de presse, inscriptions sur les murs (Paulette Sliwka-Sarcey). Puis la MOI intègre l’OS, (l’Organisation spéciale, organisation communiste chargée du service d’ordre et des actions de sabotage), à l’été 1941. Devenus les FTP-MOI, Francs-tireurs et partisans-Main-d’oeuvre immigrée, engagés dans la guérilla urbaine à partir de l’été 1942, ils participent à des opérations militaires dont la plus remarquable est l’exécution, le 28 septembre 1943, de Julius Ritter, représentant en France de Fritz Sauckel, en charge du STO. L’audace et le courage de ces jeunes résistants, juifs et communistes, ont été immortalisés par le poème d’Aragon, “ L’Affiche rouge”, le film de Robert Guédiguian, “ L’Armée du crime”.

C’est que, en dépit d’une structuration en groupes de trois pour
assurer leur sécurité, ils ont fait l’objet de dix mois de filatures, par les Brigades spéciales (BS) des Renseignements généraux de la Préfecture de police de Paris. Ces filatures aboutissent à trois séries d’arrestations suivies d’emprisonnements et de déportations (Henri Krasucki, Sam Radzynski, Paulette Sliwka) en 1943, de procès et d’exécutions (Missak Manouchian, Joseph Epstein, Marcel Rayman) en 1944. (Résultat des filatures des BS : la 1ère, janvier-mars 1943, 57 arrestations et démantèlement de l’organisation politique de la jeunesse juive et de l’appareil de propagande ; la 2ème, mars-juin 1943, 71 arrestations et démantèlement de l’organisation politique juive des MOI et du 2ème détachement juif des FTP-MOI ; la 3ème, juillet-novembre 1943, 68 arrestations et démantèlement des FTP-MOI et de son appareil logistique. Au total, 196 résistants.) L’UJJ (Union de la jeunesse juive) qui avait fait l’objet de la première filature

J’accuse

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Henri Krasucki

Henri Krasucki, né Henoch Krasucki le à Wołomin dans la banlieue de Varsovie en Pologne et mort le à Paris, est un syndicaliste français, ancien secrétaire général de la CGT. Résistant, il fut membre actif de la section juive des FTP-MOI pendant la Seconde Guerre mondiale.

Jeunesse

Son père Isaac (en polonais Izaak, en yiddish Itzik), né à Varsovie en 1903, ouvrier tricoteur, avait commencé à travailler à treize ans dans une fabrique de textile. Militant syndical et politique dans la Pologne du maréchal Pilsudski, où l’anticommunisme le dispute à l’antisémitisme, Isaac s’expatrie, en 1926, fuyant les pogroms. Deux ans plus tard, son épouse, Léa (« Léyelé ») Borszczewska, ouvrière du textile et militante communiste, et son fils quittent à leur tour le shtetl, petit village juif de la banlieue de Varsovie, et le rejoignent à Ménilmontant, dans le 20e arrondissement de Paris. Isaac et Léa travaillent dans « la maille » (le tricot), tenant un petit atelier de textile de Belleville qui compte alors une importante communauté yiddish1 et reprennent, aussitôt arrivés, le combat des exploités dans la Confédération générale du travail unitaire et au Parti communiste français, dans les organisations juives révolutionnaires2.

Pendant son enfance, Henri Krasucki est « l’un des plus célèbres « pionniers rouges » du patronage de la Bellevilloise », l’une des sociétés les plus représentatives du mouvement coopératif français. Il y fait la connaissance de Pierre George, le futur Colonel Fabien qui devient son instructeur1. Dans un entretien accordé à Télérama en 1999, il évoque le « fraternel patronage communiste » de son quartier ainsi que celui de Ménilmontant3. Alors que ses parents souhaitaient le voir poursuivre des études car il se révèle brillant élève lors de ses classes élémentaires à l’école de la rue Levert puis au lycée Voltaire4, il préfère se faire embaucher chez Renault une fois son CAP d’ajusteur en poche ; ses qualités de syndicaliste le font vite remarquer2.

La Résistance et la déportation

Fin 1939[précision nécessaire], le PCF est interdit par le gouvernement à la suite de la signature du pacte germano-soviétique. Isaac Krasucki doit plonger dans la clandestinité. Son fils a quitté l’école. En 1940, quand les Allemands entrent à Paris, il travaille dans une usine de Levallois, comme ajusteur. Il a quinze ans. À la fin de l’année 1940, Henri intègre les Jeunesses communistes dans la section juive de la Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI) du Parti communiste dans le 20e arrondissement. Il a d’abord des responsabilités dans son quartier, puis à l’échelon de son arrondissement, et enfin en 1942 au niveau de la région parisienne. À la suite du premier coup de feu du Colonel Fabien, le 21 août 1941, qui marque le début de la Résistance armée des communistes français, il prend sa part de risques : sabotages, lancement de tracts depuis le métro aérien, actions militaires2.

Le 20 janvier 1943, son père est arrêté pour sabotage et interné à Drancy ; il est déporté le 9 février à Birkenau et gazé dès son arrivée le 13 février.

Sous le pseudonyme de « Mésange » (une houppe de cheveux noirs coiffant alors son jeune visage émacié)5, Henri Krasucki, dit également « Bertrand », s’occupe des cadres et du recrutement des jeunes avec sa compagne Paulette Sliwka3.

Arrêté le 23 mars 1943, à 7 h 15, à la sortie de son domicile, 8 rue Stanislas-Meunier Paris 20e, comme sa mère et sa sœur, il est torturé pendant six semaines parfois devant sa mère, mais il ne lâche rien6. Les Français de la Brigade spéciale no 2 des Renseignements généraux le livrent à la Geheime Feldpolizei, qui l’enferme à Fresnes, où il demeure privé de tout contact, dans le quartier des condamnés à mort. Puis c’est Drancy. Il y retrouve ses camarades, Roger Trugnan et Samuel Razynski, dit « Sam ».

À la mi-juin, c’est le départ. Les jeunes manifestent dans le camp. Roger Trugnan raconte : « Nous chantions la Marseillaise et les gendarmes tapaient sur celles et ceux qui chantaient. » Son convoi depuis Drancy, le numéro 55, du 23 juin 1943, déportait 1 002 juifs, dont 160 enfants de moins de 18 ans, transportés dans des wagons à bestiaux. Deux jours et une nuit plus tard, ils arrivent à Birkenau, annexe d’Auschwitz. Seules 86 personnes de ce convoi ont survécu à la Shoah7.

Henri et ses camarades sont affectés au camp annexe de Jawischowitz. Ils travaillent à la mine, seize heures par jour, avec la faim, les coups, et la crainte d’être malade, qui signifie la mort. Mais aussi la résistance. Aussitôt arrivés, Henri, Roger, leur copain Sam ont cherché le contact. Ils continuent la lutte derrière les barbelés. Ils la continueront jusqu’au bout. Jusqu’à Buchenwald, où ils sont évacués en janvier 1945 – la terrible « marche de la mort ». Là, épuisés, ils sont pris en charge par l’organisation de Marcel Paul et du commandant Manhès2.

Ils participent à l’insurrection du camp : « J’avais un vieux chassepot, raconte Roger, Henri avait un bazooka ! » (il faut faire la part des déformations de la mémoire : le Chassepot, fusil français de 1870, n’était pas courant en Allemagne ; et on ne s’improvise pas tireur au bazooka).

Henri Krasucki en revient le 28 avril 1945, « juste à temps pour manifester le 1er mai », comme il dira avec humour. Le lieutenant Krasucki, au titre des FTPF de Charles Tillon, travaille comme ouvrier métallo dans diverses usines de la métallurgie5.

Henri Krasucki prit en charge Simon Rayman (le petit frère de son meilleur ami Marcel Rayman fusillé le 21 février 1944 par les nazis) qui se retrouve sans famille après que sa mère fut gazée dès son arrivée à Auschwitz, et s’en occupe comme d’un frère.

Portrait

Portrait parlé de Henri Krasucki, dit Bertrand, par les inspecteurs de la Brigade spéciale no 2 8:

« Bertrand: 22 ans, 1,70m, mince, nez long, visage type sémite, cheveux châtain clair rejetés en arrière, retombant sur le côté. Pardessus bleu marine à martingale, pantalon noir, souliers jaunes, chaussettes grises. »

Engagements politiques

Après la guerre, il devient l’un des dirigeants du Parti communiste français, mais son principal engagement reste syndical. Il est naturalisé français en 1947, l’année même où il devient permanent syndical à la CGT9. En 1949, il est secrétaire de l’Union départementale de la CGT de la Seine. En 1953, il entre au bureau fédéral de la Seine du PCF, puis en 1956, au comité central du PCF en tant que membre suppléant. En 1961, il entre au bureau confédéral de la CGT, puis devient directeur de La Vie ouvrière (la « VO »), le journal du syndicat qu’il dirige pendant dix ans. En 1964, il devient membre du bureau politique du PCF. Avec Roland Leroy et Louis Aragon, il est l’un des « accoucheurs » du comité central d’Argenteuil, tournant historique du Parti dans ses relations à la culture, la recherche et aux intellectuels. En 1966, grâce aux liens tissés avec Marcel Paul à Buchenwald, il règle le long conflit entre Marcel Paul et la direction de la fédération de l’éclairage.

Quand Benoît Frachon se retire, en 1967, « Krasu » se trouve aux côtés de Georges Seguy. Un an plus tard, à l’occasion de la plus grande grève que la France ait jamais connue, il est l’un des principaux négociateurs des accords de Grenelle. Il est un temps pressenti en 1967 pour prendre la direction de la CGT, mais Georges Séguy lui est préféré.

Henri Krasucki lui succède en 1982, lors du 41e congrès, transmettant la fonction en 1992 au 44e congrès à Louis Viannet. En dix ans, les effectifs de la CGT ont fondu de moitié, à environ 700 000 adhérents.

Au début de son mandat, Henri Krasucki se place en principal interlocuteur du pouvoir, jusqu’au départ des ministres communistes du gouvernement en 1984, où il redevient le porte-parole du mécontentement social. Jusqu’au début des années 1980, il défend les orientations les plus rigides du PCF, ce qui l’amène à s’opposer de façon feutrée à Georges Séguy. En effet, depuis 1978, ce dernier cherchait à préserver la CGT des conséquences politiques résultant de la rupture de l’Union de la gauche, survenue en octobre 1977. Séguy s’efforçait de ne pas prendre parti sur la responsabilité de la rupture. Krasucki lui succède non sans résistances internes. Internationaliste convaincu, il est élu en 1986 vice-président de la Fédération syndicale mondiale (FSM), dont il a du mal à accepter la désaffiliation de la CGT en 1995. Toutefois, il amorce sur la fin de son mandat une prise de distance avec le PCF, qui vaudra au syndicat de beaucoup mieux supporter les évolutions des années 1990 que le parti.

Ainsi, silencieux sur l’insurrection de juin 1953 en Allemagne de l’Est, sur l’insurrection de Budapest en 1956 et sur le Printemps de Prague de 1968, il demande secrètement en 1985 au conseil central des syndicats de l’URSS d’accorder à son syndicat une aide urgente de 10 millions de francs (1 million de roubles convertibles). Cette demande a un caractère strictement confidentiel; cette aide sera accordée en deux versements, en 1985 et 1986, de 500 000 roubles provenant du comité du tourisme et d’excursion par le KGB10.

Il condamne, après le 43e congrès en 1989, la répression de la place Tienanmen en Chine.

Il subit parfois des attaques personnelles, comme en 1987, lors d’un Club de la presse, lorsqu’une journaliste du Figaro-Magazine, Christine Clerc, lui reproche d’être un « Français de fraîche date » qui, « naturalisé en 1947 » se permet de critiquer la politique de la France. Il réplique en racontant l’histoire de son père. « Mes origines n’ont rien d’extraordinaires, explique-t-il à Jean-Claude Poitou, il se trouve d’ailleurs qu’elles sont les mêmes que celles du cardinal archevêque de Paris (il s’agit de Jean-Marie Lustiger, comme lui d’origine juive polonaise). Ses parents et les miens ont, à peu d’années d’intervalle, vécu la même histoire, bien qu’avec des idées différentes. Je ne peux m’empêcher d’observer que si, par hypothèse, les circonstances de la vie m’avaient fait archevêque, on évoquerait aujourd’hui mes origines avec tact, sans insinuation perfide. Et si je comptais parmi mes ancêtres quelques grands princes polonais, alors là… »11.

Caricaturé à la télévision comme un rustre par sa marionnette « Crabe Zuki » du Bébête Show, c’était en réalité un homme particulièrement cultivé, polyglotte, fou d’opéra et admirateur d’Éluard, rigoureux, épris de liberté et de justice. Toujours disponible, il était reconnu pour ses qualités humaines et comme un vigoureux négociateur — acteur important des accords sur l’indemnisation du chômage et le droit à la formation, en 1970 —, mais aussi comme un vif partisan de la ligne dure de son parti et de la grève (sauf après l’arrivée de la gauche en 1981).

Il fut membre du bureau politique du PCF jusqu’en 1996. À sa mort, la secrétaire nationale du PCF, Marie-George Buffet, salua « avec émotion et beaucoup de respect » la mémoire du « camarade Henri Krasucki ». Le président Jacques Chirac rendit hommage « au fils d’immigrés polonais dont la jeunesse a été très tôt marquée par le combat pour la liberté et pour la France et qui a connu le drame de la déportation alors qu’il n’avait pas vingt ans ».

Henri Krasucki fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise, auprès de sa mère Léa et de sa sœur « Lili », près du carré des déportés en face du mur des Fédérés12,13

Postérité

Plaque de la place Henri-Krasucki

Une place Henri-Krasucki fut inaugurée le 23 juin 2005, dans le 20e arrondissement de Paris, au carrefour des rues Levert, des Envierges, de la Mare, des Couronnes et des Cascades, près du parc de Belleville. Il avait longtemps habité au 107 rue des Couronnes, sur la place qui porte aujourd’hui son nom3.

En 2009, Adrien Jolivet interprète Henri Krasucki dans L’Armée du crime de Robert Guédiguian, retraçant la résistance parisienne des FTP-MOI.