Filature

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MOI, FTP, UJJ
Main-d’oeuvre immigrée, Francs-tireurs et partisans, Union de la jeunesse juive

La MOI est une organisation créée par le syndicat CGTU (Confédération générale du travail unitaire) et le Parti communiste, dans les années 1920. Elle est structurée en groupes de langues, dont la section juive des yiddishophones (produisant un journal quotidien, la Naïe Presse). Interdite à l’automne de 1939, elle reprend la publication clandestine d’un journal en langue yiddish, Unzer Wort (Adam Rayski), doublée d’une activité politique : fabrication de papillons, distributions de tracts et d’organes de presse, inscriptions sur les murs (Paulette Sliwka-Sarcey). Puis la MOI intègre l’OS, (l’Organisation spéciale, organisation communiste chargée du service d’ordre et des actions de sabotage), à l’été 1941. Devenus les FTP-MOI, Francs-tireurs et partisans-Main-d’oeuvre immigrée, engagés dans la guérilla urbaine à partir de l’été 1942, ils participent à des opérations militaires dont la plus remarquable est l’exécution, le 28 septembre 1943, de Julius Ritter, représentant en France de Fritz Sauckel, en charge du STO. L’audace et le courage de ces jeunes résistants, juifs et communistes, ont été immortalisés par le poème d’Aragon, “ L’Affiche rouge”, le film de Robert Guédiguian, “ L’Armée du crime”.

C’est que, en dépit d’une structuration en groupes de trois pour
assurer leur sécurité, ils ont fait l’objet de dix mois de filatures, par les Brigades spéciales (BS) des Renseignements généraux de la Préfecture de police de Paris. Ces filatures aboutissent à trois séries d’arrestations suivies d’emprisonnements et de déportations (Henri Krasucki, Sam Radzynski, Paulette Sliwka) en 1943, de procès et d’exécutions (Missak Manouchian, Joseph Epstein, Marcel Rayman) en 1944. (Résultat des filatures des BS : la 1ère, janvier-mars 1943, 57 arrestations et démantèlement de l’organisation politique de la jeunesse juive et de l’appareil de propagande ; la 2ème, mars-juin 1943, 71 arrestations et démantèlement de l’organisation politique juive des MOI et du 2ème détachement juif des FTP-MOI ; la 3ème, juillet-novembre 1943, 68 arrestations et démantèlement des FTP-MOI et de son appareil logistique. Au total, 196 résistants.) L’UJJ (Union de la jeunesse juive) qui avait fait l’objet de la première filature

J’accuse

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Henri Krasucki

Henri Krasucki, né Henoch Krasucki le à Wołomin dans la banlieue de Varsovie en Pologne et mort le à Paris, est un syndicaliste français, ancien secrétaire général de la CGT. Résistant, il fut membre actif de la section juive des FTP-MOI pendant la Seconde Guerre mondiale.

Jeunesse

Son père Isaac (en polonais Izaak, en yiddish Itzik), né à Varsovie en 1903, ouvrier tricoteur, avait commencé à travailler à treize ans dans une fabrique de textile. Militant syndical et politique dans la Pologne du maréchal Pilsudski, où l’anticommunisme le dispute à l’antisémitisme, Isaac s’expatrie, en 1926, fuyant les pogroms. Deux ans plus tard, son épouse, Léa (« Léyelé ») Borszczewska, ouvrière du textile et militante communiste, et son fils quittent à leur tour le shtetl, petit village juif de la banlieue de Varsovie, et le rejoignent à Ménilmontant, dans le 20e arrondissement de Paris. Isaac et Léa travaillent dans « la maille » (le tricot), tenant un petit atelier de textile de Belleville qui compte alors une importante communauté yiddish1 et reprennent, aussitôt arrivés, le combat des exploités dans la Confédération générale du travail unitaire et au Parti communiste français, dans les organisations juives révolutionnaires2.

Pendant son enfance, Henri Krasucki est « l’un des plus célèbres « pionniers rouges » du patronage de la Bellevilloise », l’une des sociétés les plus représentatives du mouvement coopératif français. Il y fait la connaissance de Pierre George, le futur Colonel Fabien qui devient son instructeur1. Dans un entretien accordé à Télérama en 1999, il évoque le « fraternel patronage communiste » de son quartier ainsi que celui de Ménilmontant3. Alors que ses parents souhaitaient le voir poursuivre des études car il se révèle brillant élève lors de ses classes élémentaires à l’école de la rue Levert puis au lycée Voltaire4, il préfère se faire embaucher chez Renault une fois son CAP d’ajusteur en poche ; ses qualités de syndicaliste le font vite remarquer2.

La Résistance et la déportation

Fin 1939[précision nécessaire], le PCF est interdit par le gouvernement à la suite de la signature du pacte germano-soviétique. Isaac Krasucki doit plonger dans la clandestinité. Son fils a quitté l’école. En 1940, quand les Allemands entrent à Paris, il travaille dans une usine de Levallois, comme ajusteur. Il a quinze ans. À la fin de l’année 1940, Henri intègre les Jeunesses communistes dans la section juive de la Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI) du Parti communiste dans le 20e arrondissement. Il a d’abord des responsabilités dans son quartier, puis à l’échelon de son arrondissement, et enfin en 1942 au niveau de la région parisienne. À la suite du premier coup de feu du Colonel Fabien, le 21 août 1941, qui marque le début de la Résistance armée des communistes français, il prend sa part de risques : sabotages, lancement de tracts depuis le métro aérien, actions militaires2.

Le 20 janvier 1943, son père est arrêté pour sabotage et interné à Drancy ; il est déporté le 9 février à Birkenau et gazé dès son arrivée le 13 février.

Sous le pseudonyme de « Mésange » (une houppe de cheveux noirs coiffant alors son jeune visage émacié)5, Henri Krasucki, dit également « Bertrand », s’occupe des cadres et du recrutement des jeunes avec sa compagne Paulette Sliwka3.

Arrêté le 23 mars 1943, à 7 h 15, à la sortie de son domicile, 8 rue Stanislas-Meunier Paris 20e, comme sa mère et sa sœur, il est torturé pendant six semaines parfois devant sa mère, mais il ne lâche rien6. Les Français de la Brigade spéciale no 2 des Renseignements généraux le livrent à la Geheime Feldpolizei, qui l’enferme à Fresnes, où il demeure privé de tout contact, dans le quartier des condamnés à mort. Puis c’est Drancy. Il y retrouve ses camarades, Roger Trugnan et Samuel Razynski, dit « Sam ».

À la mi-juin, c’est le départ. Les jeunes manifestent dans le camp. Roger Trugnan raconte : « Nous chantions la Marseillaise et les gendarmes tapaient sur celles et ceux qui chantaient. » Son convoi depuis Drancy, le numéro 55, du 23 juin 1943, déportait 1 002 juifs, dont 160 enfants de moins de 18 ans, transportés dans des wagons à bestiaux. Deux jours et une nuit plus tard, ils arrivent à Birkenau, annexe d’Auschwitz. Seules 86 personnes de ce convoi ont survécu à la Shoah7.

Henri et ses camarades sont affectés au camp annexe de Jawischowitz. Ils travaillent à la mine, seize heures par jour, avec la faim, les coups, et la crainte d’être malade, qui signifie la mort. Mais aussi la résistance. Aussitôt arrivés, Henri, Roger, leur copain Sam ont cherché le contact. Ils continuent la lutte derrière les barbelés. Ils la continueront jusqu’au bout. Jusqu’à Buchenwald, où ils sont évacués en janvier 1945 – la terrible « marche de la mort ». Là, épuisés, ils sont pris en charge par l’organisation de Marcel Paul et du commandant Manhès2.

Ils participent à l’insurrection du camp : « J’avais un vieux chassepot, raconte Roger, Henri avait un bazooka ! » (il faut faire la part des déformations de la mémoire : le Chassepot, fusil français de 1870, n’était pas courant en Allemagne ; et on ne s’improvise pas tireur au bazooka).

Henri Krasucki en revient le 28 avril 1945, « juste à temps pour manifester le 1er mai », comme il dira avec humour. Le lieutenant Krasucki, au titre des FTPF de Charles Tillon, travaille comme ouvrier métallo dans diverses usines de la métallurgie5.

Henri Krasucki prit en charge Simon Rayman (le petit frère de son meilleur ami Marcel Rayman fusillé le 21 février 1944 par les nazis) qui se retrouve sans famille après que sa mère fut gazée dès son arrivée à Auschwitz, et s’en occupe comme d’un frère.

Portrait

Portrait parlé de Henri Krasucki, dit Bertrand, par les inspecteurs de la Brigade spéciale no 2 8:

« Bertrand: 22 ans, 1,70m, mince, nez long, visage type sémite, cheveux châtain clair rejetés en arrière, retombant sur le côté. Pardessus bleu marine à martingale, pantalon noir, souliers jaunes, chaussettes grises. »

Engagements politiques

Après la guerre, il devient l’un des dirigeants du Parti communiste français, mais son principal engagement reste syndical. Il est naturalisé français en 1947, l’année même où il devient permanent syndical à la CGT9. En 1949, il est secrétaire de l’Union départementale de la CGT de la Seine. En 1953, il entre au bureau fédéral de la Seine du PCF, puis en 1956, au comité central du PCF en tant que membre suppléant. En 1961, il entre au bureau confédéral de la CGT, puis devient directeur de La Vie ouvrière (la « VO »), le journal du syndicat qu’il dirige pendant dix ans. En 1964, il devient membre du bureau politique du PCF. Avec Roland Leroy et Louis Aragon, il est l’un des « accoucheurs » du comité central d’Argenteuil, tournant historique du Parti dans ses relations à la culture, la recherche et aux intellectuels. En 1966, grâce aux liens tissés avec Marcel Paul à Buchenwald, il règle le long conflit entre Marcel Paul et la direction de la fédération de l’éclairage.

Quand Benoît Frachon se retire, en 1967, « Krasu » se trouve aux côtés de Georges Seguy. Un an plus tard, à l’occasion de la plus grande grève que la France ait jamais connue, il est l’un des principaux négociateurs des accords de Grenelle. Il est un temps pressenti en 1967 pour prendre la direction de la CGT, mais Georges Séguy lui est préféré.

Henri Krasucki lui succède en 1982, lors du 41e congrès, transmettant la fonction en 1992 au 44e congrès à Louis Viannet. En dix ans, les effectifs de la CGT ont fondu de moitié, à environ 700 000 adhérents.

Au début de son mandat, Henri Krasucki se place en principal interlocuteur du pouvoir, jusqu’au départ des ministres communistes du gouvernement en 1984, où il redevient le porte-parole du mécontentement social. Jusqu’au début des années 1980, il défend les orientations les plus rigides du PCF, ce qui l’amène à s’opposer de façon feutrée à Georges Séguy. En effet, depuis 1978, ce dernier cherchait à préserver la CGT des conséquences politiques résultant de la rupture de l’Union de la gauche, survenue en octobre 1977. Séguy s’efforçait de ne pas prendre parti sur la responsabilité de la rupture. Krasucki lui succède non sans résistances internes. Internationaliste convaincu, il est élu en 1986 vice-président de la Fédération syndicale mondiale (FSM), dont il a du mal à accepter la désaffiliation de la CGT en 1995. Toutefois, il amorce sur la fin de son mandat une prise de distance avec le PCF, qui vaudra au syndicat de beaucoup mieux supporter les évolutions des années 1990 que le parti.

Ainsi, silencieux sur l’insurrection de juin 1953 en Allemagne de l’Est, sur l’insurrection de Budapest en 1956 et sur le Printemps de Prague de 1968, il demande secrètement en 1985 au conseil central des syndicats de l’URSS d’accorder à son syndicat une aide urgente de 10 millions de francs (1 million de roubles convertibles). Cette demande a un caractère strictement confidentiel; cette aide sera accordée en deux versements, en 1985 et 1986, de 500 000 roubles provenant du comité du tourisme et d’excursion par le KGB10.

Il condamne, après le 43e congrès en 1989, la répression de la place Tienanmen en Chine.

Il subit parfois des attaques personnelles, comme en 1987, lors d’un Club de la presse, lorsqu’une journaliste du Figaro-Magazine, Christine Clerc, lui reproche d’être un « Français de fraîche date » qui, « naturalisé en 1947 » se permet de critiquer la politique de la France. Il réplique en racontant l’histoire de son père. « Mes origines n’ont rien d’extraordinaires, explique-t-il à Jean-Claude Poitou, il se trouve d’ailleurs qu’elles sont les mêmes que celles du cardinal archevêque de Paris (il s’agit de Jean-Marie Lustiger, comme lui d’origine juive polonaise). Ses parents et les miens ont, à peu d’années d’intervalle, vécu la même histoire, bien qu’avec des idées différentes. Je ne peux m’empêcher d’observer que si, par hypothèse, les circonstances de la vie m’avaient fait archevêque, on évoquerait aujourd’hui mes origines avec tact, sans insinuation perfide. Et si je comptais parmi mes ancêtres quelques grands princes polonais, alors là… »11.

Caricaturé à la télévision comme un rustre par sa marionnette « Crabe Zuki » du Bébête Show, c’était en réalité un homme particulièrement cultivé, polyglotte, fou d’opéra et admirateur d’Éluard, rigoureux, épris de liberté et de justice. Toujours disponible, il était reconnu pour ses qualités humaines et comme un vigoureux négociateur — acteur important des accords sur l’indemnisation du chômage et le droit à la formation, en 1970 —, mais aussi comme un vif partisan de la ligne dure de son parti et de la grève (sauf après l’arrivée de la gauche en 1981).

Il fut membre du bureau politique du PCF jusqu’en 1996. À sa mort, la secrétaire nationale du PCF, Marie-George Buffet, salua « avec émotion et beaucoup de respect » la mémoire du « camarade Henri Krasucki ». Le président Jacques Chirac rendit hommage « au fils d’immigrés polonais dont la jeunesse a été très tôt marquée par le combat pour la liberté et pour la France et qui a connu le drame de la déportation alors qu’il n’avait pas vingt ans ».

Henri Krasucki fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise, auprès de sa mère Léa et de sa sœur « Lili », près du carré des déportés en face du mur des Fédérés12,13

Postérité

Plaque de la place Henri-Krasucki

Une place Henri-Krasucki fut inaugurée le 23 juin 2005, dans le 20e arrondissement de Paris, au carrefour des rues Levert, des Envierges, de la Mare, des Couronnes et des Cascades, près du parc de Belleville. Il avait longtemps habité au 107 rue des Couronnes, sur la place qui porte aujourd’hui son nom3.

En 2009, Adrien Jolivet interprète Henri Krasucki dans L’Armée du crime de Robert Guédiguian, retraçant la résistance parisienne des FTP-MOI.

 

Historique

Les travaux ont commencé au printemps dernier au 14 rue de Paradis mais la réalisation de notre espace muséal est en suspens car, outre le financement accordé par la ville de Paris, 40.000 euros nécessaires à la poursuite des travaux restent à notre charge. Nous avons six mois pour les réunir. Nous faisons appel à votre sensibilité, à votre conscience politique face à ce que nous considérons un devoir de mémoire pour le présent et pour l’av

Allocution de Max Weinstein

ALLOCUTION PRONONCEE à l’Hôtel de Ville de paris – 24/03/2010

 

« la faim la fatigue et le froid

« Toutes les misères du monde

« C’est par mon amour que j’y crois

« En elle je porte ma croix

« Et de leurs nuits ma nuit se fonde

 

Toujours vivant parmi nous, avec ces vers d’Aragon, nous avons une pensée émue pour celui qui vient de nous quitter, il fut parmi les premiers à nous envoyer son parrainage lors de la création de notre association, M.R.J.-M.O.I., Jean Ferrat, chanteur engagé et poète, artiste considérable, d’une grande humanité, dont la modestie n’avait d’égale que le talent. C’était une grande fierté de l’avoir avec nous. Nous garderons le souvenir d’un homme généreux dans ses convictions auxquelles il n’a jamais renoncé, malgré l’adversité.

 

Madame l’ajointe au maire de Paris chargée de la mémoire et du monde combattant, chère Catherine,

 

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, chers amis et camarades,

 

Permettez-moi, au début de cette allocution, d’aborder les questions soulevées par le foisonnement et la multiplication d’initiatives à propos de ce que l’on appelle « La Question juive ». En particulier la sortie du film « La Rafle », ce film qui a le mérite d’exister et c’est très important, et l’émission sur la 2 du mardi 9 mars. En effet, mardi 9 mars, France 2 nous a gratifiés d’une remarquable émission sur la grande rafle des juifs à Paris en juillet 1942, leur internement au Vel’ d’Hiv’ dans des conditions concentrationnaires abominables, les transferts à Drancy et Beaune la Rolande, l’arrachement des enfants à leurs parents, la brutalité des policiers et des gendarmes français. Et, au bout de l’horreur, l’assassinat massif dans les camps nazis de Pologne.

Outre les images d’archives et les extraits du film « La Rafle », Marie Drucker, avec un remarquable talent, avait convoqué des survivants du drame, des témoins, des historiens, des descendants de victimes, des hommes politiques issus de familles persécutées (Pierre Moscovici et Jean-François Copé). Elle n’avait rien oublié.

Rien oublié ? Mais si !

Dans l’émission, on fait allusion aux Parisiens qui ont prévenu et sauvé des juifs promis à l’arrestation, il y en eut, un peu, y compris quelques policiers parisiens. Fort bien, mais c’est un peu court. Dès l’automne 1940, en 1941 et 1942 existaient des mouvements de Résistance à Paris, une Résistance même très active. Y compris et surtout dans les quartiers est de la capitale, les plus touchés par les rafles. Et précisément ces combattants qui défilaient à la barbe des occupants et des flics, qui distribuaient des tracts, qui prenaient la parole dans les marchés, qui s’attaquaient aux nazis, étaient surtout des jeunes juifs, communistes pour la plupart, et des militants du mouvement Solidarité. Si les hommes de Pétain et Hitler ont enfermé 13.000 victimes au Vel’ d’Hiv’ et pas les 30.000 prévus, nos camarades héroïques y sont bien pour quelque chose…

On ne peut que se réjouir qu’enfin, près de 70 ans après ces événements dramatiques, on puisse enfin en parler au grand jour.

Il manquait cependant dans cette émission, et nous ne pensons pas qu’il s’agisse d’un hasard, la place éminente prise par les organisations clandestines juives de Résistance, en particulier, les militants du mouvement Solidarité, issu de la branche juive de la MOI, qui ont multiplié les activités, avec des tracts ou des visites aux domiciles, pour alerter les familles juives, pour les inciter à se mettre à l’abri, à se cacher devant l’imminence de la rafle. Ce n’est pas pour rien, ainsi que déjà dit, que l’objectif nazi, pour lequel la police parisienne n’a pas lésiné sur les moyens utilisés, qui était de 30.000 personnes, a été atteint à moins de la moitié. Dans une telle émission, il aurait fallu rappeler ce que furent les activités de ces résistants juifs, mobilisés dès le premier jour dans la lutte contre l’envahisseur et ses soutiens. N’est-ce pas l’habitude dans les cercles bien pensants d’éviter de parler de ces mouvements de Résistance, laissant supposer que les juifs s’étaient laissé mener à l’abattoir comme un troupeau de moutons. Ce fut loin d’être la réalité, ce qu’ici chacun sait !

 

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, chers amis et camarades,

 

Nous sommes réunis ce soir pour le lancement, un peu solennel il faut bien le dire, de notre association ; association créée récemment qui se destine justement à perpétuer la mémoire des résistants juifs de la M.O.I. En dehors des formations des FTP de la M.O.I., peu de gens écrivent où se souviennent de ce que fut sa branche juive de la clandestinité, continuatrice de la branche juive de cette même MOI d’avant la guerre.

On commence malgré tout, petit à petit, à savoir que ces combattantes et combattants, résistantes et résistants, étaient surtout représentatifs de l’immigration qui avait suivi la première guerre mondiale. Cette immigration composée de juifs polonais, lituaniens, hongrois, tchèques, mais aussi de citoyens italiens, grecs, arméniens et espagnols. D’aucuns étaient arrivés en France pour occuper un emploi, surtout dans le nord et l’est du pays, dans les mines et les usines sidérurgiques, pour compenser la saignée d’hommes provoquée par les tueries de la première guerre mondiale, celle de 1914-1918. D’autres étaient venus pour fuir pogromes et persécutions antisémites dans leur pays d’origine, profitant de l’ouverture des frontières françaises destinée à accueillir les travailleurs. Ils venaient s’installer dans la patrie des droits de l’homme et du citoyen, souvent pour s’y fixer définitivement. Ce fut particulièrement vrai pour les enfants de cette génération de l’immigration. On le constatera lorsqu’il s’agira de lutter contre le nazisme, ses affidés, ses complices d’état ou individuels, et ses crimes.

La M.O.I. Que ne dit-on à propos de la M.O.I. (Main d’œuvre Immigrée).

Certains ne prétendent-ils pas qu’il s’agissait d’un Mouvement Ouvrier Internationaliste. Il est utile de rappeler que lors de cet afflux de populations étrangères, parmi lesquelles se trouvaient des militants politiques, socialistes ou communistes, du Bund ou des organisations marxistes, souvent clandestines dans leur pays et pourchassées, c’est tout naturellement que le Parti communiste français, constitua le MOE, Mouvement Ouvrier Emigré, devenu rapidement la M.O.I., la Main d’œuvre Immigrée, plus conforme aux réalités du moment, en permettant aux travailleurs émigrés, militants politiques ou sympathisants, de se retrouver dans ce que l’on a appelé : les Groupes de langue.

Depuis 1923, date de leur création, ces groupes de langue se sont développés en fonction des évènements souvent tragiques qui secouaient l’Europe et le monde. C’est ainsi que se constituèrent les groupes de langue Italien, Espagnol, Grec, Hongrois, Polonais, Roumain, Arménien, Tchèque et, singularité, un groupe Juif. Les militants qui le composaient étaient d’origines diverses de pays de l’Europe de l’est. Ce qui les unissait, c’était la langue, le Yiddish et les traditions ancestrales qu’ils véhiculaient.

Les militants juifs de la MOI s’évertuèrent à donner un sens à leurs activités. En particulier dans le domaine sportif avec le YASK, en yiddish on disait Yidisher Arbeiter Sport Klub, surtout dans le domaine culturel avec une troupe de théâtre yiddish, une chorale et de multiples activités sociétales dont celle du club de loisirs et d’activités de plein air, l’AYC, en yiddish ont disait Arbeiter Yougent Klub, sans compter l’existence de cantines et d’un dispensaire. Un certain nombre de ces activités, dans la région parisienne, se déroulaient dans un vaste local situé au numéro 10 de la rue de Lancry, dans le 10ème arrondissement de Paris, non loin de la place de la République.

Le point fort de toutes ces animations était l’édition d’un journal quotidien en yiddish, la Naïe Press, la Presse nouvelle. Ce journal, au fort tirage qui atteignit 400.000 exemplaires aux temps fastes, était diffusé dans la plupart des pays européens où se trouvaient des communautés juives yiddishophones, mais pas seulement, il était diffusé un peu partout dans le monde. Il jouissait alors d’une grande notoriété. Aujourd’hui, l’UJRE édite « La Presse Nouvelle magazine », un mensuel en français qui est l’héritier spirituel de ce journal prestigieux d’avant-guerre. Il soutient régulièrement nos initiatives pour les rendre publiques. Il mérite d’être soutenu et lu comme seule publication de ce type en France. Rien n’empêche de s’y abonner. Ce n’est pas notre très chère Eva Golgevit, présente parmi nous, qui me contredira.

Toutes ces activités étaient comme un ciment qui unissait un grand nombre de familles juives. Qu’elles soient ou non proches du parti communiste, elles se retrouvaient au travers de ces initiatives qui remportaient de grands succès. Que cela soit dans la communauté juive de Paris, de loin la plus nombreuse, où dans certaines villes de province, comme Nancy, Roanne, Lyon, Périgueux, Limoges, Marseille et Nice par exemple où s’étaient fixées des familles de langue yiddish après la première guerre mondiale. Celle de Nancy a perduré avec, dans un local emblématique lui aussi depuis bien longtemps, l’existence de l’Association Culturelle juive de Nancy, dont les activités rayonnent largement dans la région Lorraine.

C’est dire si ces populations suivaient avec attention la montée du nazisme en Allemagne. Après la Nuit de Cristal, les dirigeants de la branche juive de la MOI sentaient l’orage approcher. Ils avaient plus de raisons que les autres groupes de langue de s’organiser et d’agir sans attendre. Ils étaient les plus exposés et savaient que les juifs seraient les victimes expiatoires toutes trouvées, désignées, avec il faut le dire, les tziganes et les homosexuels.

On verra ce que cette richesse éducative aura comme répercussions lors des nuées sombres de la guerre qui se profilait à l’horizon.

Avant que la France ne soit envahie, le gouvernement de l’époque avait interdit le Parti communiste en 1939, ainsi que toutes les organisations et mouvements qui gravitaient autour. Ainsi en fut-il de la M.O.I., à ceci près que l’on oublia, pour quelques semaines d’interdire la Naïe Press, la Presse Nouvelle, qui parut ainsi officiellement jusqu’à ce qu’elle soit également interdite. Non sans qu’un de ses derniers numéros publie un éditorial prémonitoire signé d’Adam Rayski alertant sur le danger qui menaçait les populations juives. Il se trouvait à ce moment là en contradiction avec la politique officielle du parti communiste à la suite de la signature du pacte Germano-Soviétique, des atermoiements et hésitations qui s’ensuivirent à sa direction et des initiatives malheureuses. Avec cet éditorial ressort la clairvoyance des dirigeants de la branche juive de la M.O.I.

Aussitôt cette interdiction prononcée, ces responsables de la branche juive de la M.O.I. ont créé un mouvement clandestin qu’ils appelèrent « Solidarité ». Lorsque la France fut séparée en zones après l’armistice signé par Pétain, qui avait fait don de sa personne à la France et promulgué les premières lois contre les juifs, les responsables de la zone sud créèrent le même mouvement sous le nom de Secours populaire. Ainsi en fut-il par exemple à Lyon et dans un certain nombre de villes.

Solidarité, comme son nom l’indique se proposait de venir en aide aux familles juives en difficulté ou dans le besoin. Elle se proposait également de tenir informée et d’alerter la population juive de langue yiddish. Pour cela furent formés des groupes ou comités un peu partout et commença la publication de journaux clandestins de langue yiddish ou française.

Comme l’ont écrit un certain nombre d’auteurs dans des ouvrages qui parurent après la fin de la guerre, tels David Diamant, Jacques Ravine ou bien Jacques Adler, dans son livre : « Face à la persécution » consacré essentiellement à la région parisienne. Si d’aucuns ignorent ou passent volontairement sous silence ce que fut le mouvement Solidarité, issu de la branche juive de la M.O.I. du Parti Communiste Français, Jacques Adler, qui traite des organisations juives de Paris uniquement, le resitue dans son contexte de l’époque. Et l’on peut constater que ce n’était pas un petit groupe mais une organisation pleine et entière avec sa direction et ses nombreuses ramifications dans toute la région parisienne.

Ainsi l’auteur écrit-il, pages 166/167 de son ouvrage :

« Les orientations respectives des communistes, des sionistes et des autres mouvements se traduisirent par des formes d’organisation différentes. Solidarité entreprit de former des comités de quartier, installa des imprimeries clandestines, et chercha systématiquement à rassembler le plus grand nombre possible de sympathisants dans toute une série d’activités spécifiques : sections féminines, groupements de jeunes, sections syndicales. En décembre 1940, elle avait créé 130 comités de rues, 50 groupes de femmes, vingt sections syndicales et des groupes de jeunes comprenant plusieurs centaines d’adhérents. Ces structures clandestines étaient complétées par une cantine et un dispensaire qui fonctionnaient en toute légalité. Tout en reconnaissant l’importance des œuvres d’assistance, Solidarité n’y voyait pourtant qu’un objectif second, le premier étant d’ordre politique : il s’agissait avant tout de mener à l’intérieur et à l’extérieur de la communauté juive une campagne qui alerterait tous les milieux sur le danger de l’antisémitisme, tant vichyssois qu’allemand ».

Quelques témoins de cette période, militants des groupes de la jeunesse communiste parisienne sont parmi nous. Sans attendre, ils participèrent dès l’entrée des troupes allemandes en France, dès l’été 1940, en particulier dans la région parisienne, à des activités de résistance par la publication de tracts et leur distribution dans les lieux publics, par des inscriptions sur les voies publiques, par des contacts clandestins, un travail de solidarité et d’informations. Au risque d’en oublier, je voudrais citer Paulette Sarcey, Maurice Lubczanski, Robert Endewelt que nous sommes heureux de saluer, sans oublier notre cher Roger Trugnan malheureusement souffrant. La Résistance, pour eux, jeunes communistes juifs parisiens, ce fut, sous la conduite du regretté Henri Krasucki, dès les premiers jours de l’occupation !

Alors, que fut donc cette résistance des juifs de la M.O.I.

Schématiquement on peut la caractériser ainsi :

Dans un premier temps, il y avait le mouvement Solidarité, surtout dans le département de la Seine d’alors, et le Secours populaire de la zone Sud, lequel n’a rien à voire avec l’actuel Secours Populaire, et, en même temps, d’autres organisations devenues clandestines comme la Commission intersyndicale juive affiliée à la C.G.T., la Fédérations des Sociétés juives de France, l’Union des Femmes Juives, et d’autres.

Il y eut, en même temps les groupes de l’Organisation spéciale du Parti communiste dans lesquels se trouvaient de nombreux militants juifs de l’immigration récente et les militants juifs de la jeunesse communiste. Tout cela dans un premier temps.

Dans un second temps, une réunion clandestine des principaux responsables nationaux, dont Rayski et Ravine, s’est tenue rue Custine à Paris où a été récemment apposée une plaque souvenir par l’Hôtel de ville de Paris. Il y a été décidé la constitution d’une organisation regroupant les différentes composantes clandestines de la M.O.I juive, à partir de la fin de 1942 début de 1943. Ce fut la naissance de l’UJRE, Union des Juifs pour la Résistance et l’entraide, organisation mère, de l’UJJ, Union de la Jeunesse Juive avec leurs groupes de combat respectifs, la continuation de l’UFJ (Union des Femmes juives) et le MCR devenu rapidement M.N.C.R. (Mouvement National contre le Racisme) ancêtre du M.R.A.P.

On ne peut passer sous silence les nombreuses publications clandestines, journaux et bulletins divers publiés par ces organisations. C’étaient des entreprises risquées car il fallait créer des structures capables de réaliser ces publications, trouver du papier et des stencils sans oublier l’encre. Les responsables de ces structures étaient particulièrement exposés. Ainsi, pendant la nuit noire de l’occupation furent publiés, à notre connaissance, les journaux suivants : Unzer Vort en yiddish 36 parutions, Notre Voix 76 parutions, Notre Parole, quatre parutions, Droit et Liberté, 9 parutions, En avant, 6 parutions, Fraternité, 26 parutions, Lumières, 4 parutions, J’accuse, 22 parutions, Jeune Combat, 22 parutions, Clarté, trois parutions, Le Combat médical, 4 parutions. Il y eut en outre le bulletin de l’UFJ zone sud, l’édition de papillons destinés aux troupes d’occupation au titre du T.A., Travail Allemand, ainsi qu’un grand nombre de tracts et d’appels. C’est considérable. Bien peu de mouvements de Résistance peuvent se glorifier d’un tel bilan éditorial.

Il y eut également les formations de FTP-MOI dans lesquelles les jeunes juifs furent nombreux. A Paris, certes, avec les quatre détachements dont un constitué uniquement de jeunes juifs communistes parisiens, avec entre autres Marcel Rayman, héros immense et important responsable, dont certains se trouvaient également dans les autres détachements où se trouvaient aussi des combattants italiens, des espagnols et des résistants d’autres nationalités, grecs, arméniens, allemands . De là sortit la légende de « L’Affiche rouge », invention des services de propagande nazis, destinée à faire peur aux populations françaises, ainsi que les grands héros de la Résistance que furent Missak Manouchian, et Joseph Epstein, commandant des FTP de la Région parisienne, fusillés au Mont Valérien et tous leurs compagnons. Nous n’oublions pas non plus la 35ème brigade de Toulouse, baptisée Marcel Langer, authentique héros, pas plus que les formations jumelles de Lyon et Grenoble avec Carmagnole et Liberté, celles de Marseille, avec Marat et de Nice principalement, aux bilans de combat et d’actions considérables.

Avec la création de l’UJRE et des autres structures, les activités, jusque là essentiellement civiles, prirent une autre dimension en même temps que les évènements sur le déroulement de la guerre laissaient percevoir la victoire des armées alliées, en particulier après la victoire historique de l’armée soviétique à Stalingrad. Si les activités furent freinées dans la région parisienne après la terrible rafle du Vel d’hiv, dont il est beaucoup question actuellement avec la sortie du film « La Rafle », avec la perte de centaines de militants, dont un grand nombre réussit cependant à franchir la ligne de démarcation pour aller en zone Sud, la direction clandestine du mouvement se replia sur Lyon, qui devint pendant un temps la capitale de la résistance de la M.O.I.

Alors se multiplièrent les groupes dans toute la zone sud, d’importance inégale, mais dans pratiquement toutes les agglomérations. A commencer par Lyon, mais aussi à Marseille et Nice, à Grenoble et Megève, à Limoges, Périgueux, Toulouse, Nîmes, Avignon, Carpentras, etc. Ce fut le cas des adultes, comme nous disions à l’époque, à propos des camarades de l’UJRE, mais également chez les jeunes de l’UJJ qui organisèrent des groupes de résistance dans toutes ces villes, et commencèrent à faire agir leurs groupes de combat respectifs. Les camarades femmes de l’Union des Femmes Juives, se consacrèrent au sauvetage des enfants et à la sécurisation et au soutien matériel de familles juives en difficulté, sous la direction de la regrettée Yvonne, de son nom véritable Sophie Schwartz, soutenue à Lyon par Sabine Elzon. L’Union des femmes juives participa, avec l’OSE en particulier, à l’audacieuse opération de sauvetage des enfants de Vénissieux, avec l’appui de prêtres chrétiens.

Sans m’appesantir sur toutes les actions, fort nombreuses, audacieuses et diversifiées, menées par tous ces camarades, je voudrais souligner et ne pas oublier, le sacrifice de ceux d’entre eux qui ont donné leur vie, ont été torturés, déportés, la plupart ayant péri dans les camps de la mort nazis, tout particulièrement à Auschwitz, dans le combat pour la libération de la France, leur patrie d’adoption et la défaite de la bête nazie et de ses alliés et autres sanglants miliciens. Ne pas oublier non plus ceux qui se sont engagés dans les organisations clandestines de la MOI ou d’autres et ont lutté et combattu pour abattre ces monstrueuses machines à tuer, en particulier pour l’extermination des juifs d’Europe.

Cela étant, alors que dans les écrits sur la Résistance, il est largement fait état d’un certain nombre de personnages, réseaux, groupes et autres organisations, à part les FTP de la MOI, pourquoi n’est-il jamais, ou tout à fait exceptionnellement, question de la Résistance des juifs de la MOI ?

Il ne sert de rien d’épiloguer sur cette affaire, il suffit de lire certains ouvrages savants parus dans la dernière période pour s’en rendre compte : les organisations clandestines juives de la MOI n’ont pas existé, ou si peu. Et lorsqu’on en fait état c’est pour minimiser ou déformer ce qu’elles furent. D’ailleurs, pour beaucoup, le fait de citer le vocable FTP-MOI permettait, il permet toujours d’ailleurs, d’éluder ou d’ignorer les organisations juives de la M.O.I. dont par ailleurs, en auteurs et historiens conséquents, il ne fait aucun doute qu’ils en connaissent l’importance réelle, en nombre d’initiatives, de résistants et en lieux d’implantations, mais ont décidé de les ignorer où d’en réduire l’importance. C’était et c’est toujours, la pesanteur d’idées reçues ou de préventions d’un autre âge qui perdurent, ce que l’on peut regretter.

Il nous appartient donc, tirant les leçons de ce qui précède, de faire en sorte que vienne au jour ce qu’elle a été véritablement, sans œillères, ni arrière-pensées. C’est un objectif de première importance de faire connaître ce que furent réellement ces organisations, c’est ce pourquoi nous vous avons conviés ce jour et vous remercions de votre présence.

Même si nous ne sommes pas payés de retour, nous n’ignorons pas que d’autres organisations juives que celles de la M.O.I. se sont manifesté, souvent dès le début de l’occupation allemande, en particulier dans le domaine de l’assistance, comme à Paris, le Comité de la rue Amelot. Il y eut également l’O.S.E. dont on sait qu’un de ses dirigeants dans la région lyonnaise fut notre camarade Charles Lederman, jeune communiste juif, qui présida après la guerre l’UJRE pendant longtemps. Il fut à l’origine des célèbres lettres pastorales, celle de l’archevêque de Toulouse, monseigneur Saliège à qui il rendit visite sur recommandation d’un prêtre lyonnais, le père Delubac, prononcées en chaire et celle de l’évêque de Montauban, Mgr Théas. Il y eut les E.I.F. Eclaireurs israélites de France, dans le même domaine de l’assistance avant qu’ils ne prennent des positions plus radicales vers la fin de la guerre avec leurs actions autour de Moissac, non loin de Toulouse, y compris au maquis. Il y eut également cette petite phalange de l’Armée Juive que nous ne devons pas non plus ignorer, pas plus que nous ne devons ignorer les français de longue date, de familles intégrées depuis longtemps dans la société française, d’origine juive, qui se sont engagés, fort nombreux, dans les mouvements de Résistance et réseaux en France et à Londres avec le général De Gaulle.

Arrivé à ce point de cette intervention, je dois vous dire que je pourrais être interminable pour présenter la multiplicité de ce foisonnement d’activités militaires et civiles. Mais je m’arrête, car c’est l’objet même du lieu de mémoire que nous voulons créer dans nos futurs locaux du 14 rue de Paradis. Ce que nous aurons l’occasion de vous faire connaître largement au fur et à mesure de sa réalisation.

Notre propos de ce jour est celui qui vise à redonner sa place dans l’ensemble de la Résistance aux organisations issues de la branche juive de la M.O.I. d’avant guerre.

 

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, chers amis et camarades,

 

Soutenues par la municipalité de Paris dirigée par son maire, Bertrand Delanoë, qui n’a pas lésiné pour nous aider à venir à la lumière, aidés en cela par madame Odette Christienne, adjointe au maire de Paris, puis par madame Catherine Vieu-Charier, actuelle adjointe au maire chargée de la Mémoire, plusieurs manifestations se sont déjà déroulées en ces lieux. En particulier la conférence de l’UJJ, l’Union de la jeunesse juive zone sud, donnée en présence de 500 personnes dans la salle des fêtes en 2002, et celle organisée par l’AACCE, l’Association des Anciens de la Commission Centrale de l’Enfance, association créée à son origine par l’UJRE à la Libération pour s’occuper des enfants juifs, dans cet auditorium en décembre 2006 avec pour thème « Les juifs ont résisté ».

Notre projet, également soutenu par la municipalité parisienne de créer un espace de mémoire au 14 rue de Paradis est actuellement en cours de réalisation après que la municipalité se soit rendue propriétaire des trois immeubles qui le composent. Cela a eu pour effet de pérenniser la présence de l’UJRE et de l’AACCE dans ces locaux et, surtout, avec la création de notre nouvelle association MRJ-MOI, la possibilité de créer cet espace de mémoire dans une partie de ces immeubles. Il ne s’agira pas d’un musée de plus, il en existe plusieurs, prestigieux, dans la région parisienne, comme le Musée Jean Moulin et le Musée de la Résistance nationale de Champigny, le CDJC de la rue Geoffroy L’Anier, pour que nous y ajoutions un musée de plus avec toutes les servitudes qui y seraient attachées pour son fonctionnement. Non, pour nous, il s’agit d’un lieu de mémoire réalisé justement en liaison étroite avec ces grands musées. Et pourquoi cela. Tout simplement parce que se trouvent éparpillées dans plusieurs endroits muséaux du pays des archives et documents concernant nos organisations de la MOI, mais de façon fractionnelle dans chacun d’eux. Ainsi en est-il au CHRD de Lyon, au musée de la Résistance de Besançon, celui de Vénissieux, celui de Montreuil et dans autres lieux où sont rassemblés des éléments constitutifs de la Résistance de la branche juive de la MOI. Mais il n’existe pas encore de lieu où l’on pourrait consulter, de la façon la plus exhaustive possible, ce qu’en ont été les apports à la Résistance en général. C’est notre ambition. Y arriveront-nous ? Nous l’espérons car ce serait une richesse supplémentaire contribuant à l’exploration d’un pan entier de la résistance en France. Pour cela, un comité scientifique est en préparation, constitué de personnes compétentes, qui verra le jour dans les mois qui viennent. Il aura pour tâche de définir ce que pourrait être un tel lieu muséal, quelles pourraient être ses actions et la forme qu’elles pourraient prendre concrètement avec des équipements adaptés au temps de l’informatique et de l’automatisation.

Ces locaux rénovés du 14 rue de Paradis, auront en outre le mérite de pérenniser la présence et donc la vie des trois organisations concernées, dans ces lieux emblématiques et historiques de la vie des organisations démocratiques juives après la seconde guerre mondiale: l’UJRE en premier, organisation-mère, la Commission Centrale de l’Enfance devenue AACCE, Association des amis de la Commission centrale de l’enfance et MRJ-MOI, Mémoire des Résistants juifs de la M.O.I.

Pour mettre en œuvre ce projet un peu audacieux en ces temps difficiles, nous avons besoin de vous. Pas uniquement de vous, également de tous ceux qui ont intérêt à l’existence d’un tel lieu de mémoire. La mémoire de leurs proches, disparus dans la tourmente, le souvenir d’amis déportés et morts à Auschwitz, de compagnons de la Résistance, et, plus simplement de comprendre la nécessité de dépasser certaines préventions d’un autre temps qui perdurent encore de nos jours.

Sachez que la ville de Paris a décidé de mettre, sur la façade des immeubles rénovés, une plaque bilingue français/yiddish, destinée à faire savoir aux passants ce que fut cet ensemble historique. Nous nous proposons d’ailleurs, indépendamment de la création de l’espace muséal, d’éditer deux ouvrages : l’un sera une histoire de la Naïe Press, la Presse Nouvelle en yiddish et des combats qu’elle a menés durant toute son existence, l’autre ambitionne de réaliser un livre qui retracera l’histoire du 14, rue de Paradis, avec le foisonnement des multiples activités qui s’y sont déroulées : l’imprimerie de la Naïe Press et ses ateliers, le dispensaire, la bibliothèque, les locaux éducatifs et autres destinés à divers usages : chorale, théâtre, réunions diverses et locaux administratifs des organisations qui s’y trouvaient, dont l’UJRE et la CCE, sans oublier ce que furent les activités et animations de l’avant-guerre auxquelles j’ai fait état et qui y trouveront leur place.

Nous n’avons ni la possibilité pas même l’ambition d’occuper l’ensemble des locaux du 14, rue de Paradis dont une partie importante sera consacrée par la mairie de Paris à la création de logements sociaux. C’est dans cet ensemble que commencent actuellement les travaux de réhabilitation des trois immeubles, qui dureront de deux à trois ans, au sein desquels nos trois associations occuperont une place non négligeable dans l’immeuble du milieu avec, sur deux niveaux un ensemble de salles et installations permettant la création de ce lieu muséal ainsi que les structures de fonctionnement, bureaux et installations diverses, tout en conservant ce qui reste des installations de l’antique imprimerie de la Presse Nouvelle, en particulier le descenseur à bobines, ces bobines de papier de presse extrêmement lourdes qu’il fallait descendre au niveau de la rotative, ainsi qu’une machine à composer linotype et autres objets de l’époque.

Ces locaux permettront le développement des activités nombreuses et diversifiées de chacune des organisations : l’UJRE, l’AACCE et MRJ-MOI : conférences, visites guidées, activités ludiques, soirées artistiques et culturelles et autres animations le plus souvent ouvertes largement aux publics les plus divers, en groupes ou individuels, aux élèves des écoles. Nous en ferons un lieu de mémoire et de culture, certes, mais ce sera également un local où il fera bon se retrouver dans une ambiance amicale et fraternelle.

Mesdames et messieurs, chers amis et camarades, comme vous pouvez vous en rendre compte, la tâche que nous entreprenons est ardue et de longue haleine, elle est indispensable. Vous pouvez nous aider. Pour cela, en participant financièrement au mieux de vos possibilités. Par des versements réguliers dans notre trésorerie, indépendamment de la cotisation annuelle qui restera modeste. En fait, c’est un appel au peuple que nous faisons, car il va falloir faire vivre le projet puis, par la suite en assurer la pérennité. Cela, indépendamment des demandes de subventions et de concours financiers que nous déposerons un peu partout : Mairie de Paris, département, région, ministères concernés, Communauté européenne, et tous les organismes pouvant aider à la réalisation de nos objectifs, sans oublier de nous adresser à des personnes et personnalités de la vie civile. La période qui s’ouvre n’est pas particulièrement favorable, nous le savons, mais nous poursuivrons malgré tout, surtout si nous avons votre soutien matériel effectif, efficace et affectif, pour ne pas dire sentimental.

Pour ceux d’entre vous qui le souhaitent et le peuvent, Nicole Mokobodzki, notre trésorière se tient à votre disposition à l’entrée de cette salle, en compagnie de Georges Panker. Sinon, vous pouvez envoyer votre participation par courrier au siège de MRJ-MOI, 14, rue de Paradis dans le 10ème arrondissement de Paris, ou la remettre aux amis du bureau de l’association que vous connaissez.

Merci d’avance de ce que vous pourrez faire, merci aussi d’avoir répondu à notre invitation, et merci de votre attention.